samedi 17 mars 2012

L'ensemble construit par Nexity bientôt achevé

Les ZAC de la Jarre et du Baou de Sormiou concernent des zones en profonde mutation situées à l’extrême sud de la ville, dans un environnement complexe et contrasté, marqué par de profondes disparités sociales. L’espace est doté d’un exceptionnel potentiel de valorisation foncière dans la "bonne partie" de la ville (sa partie sud, globalement favorisée), à proximité de zones d’activités tertiaires de haut niveau, au contact du splendide massif des calanques, au débouché futur du Boulevard Urbain Sud (voie nouvelle de 8,5 Km qui constituera le prolongement de la rocade nord de la ville). De nouvelles résidences de moyen standing se construisent pour des classes moyennes qui trouvent ici un accès à la propriété et à des aménités environnementales.

Cependant, la présence ici d’ensembles de logements sociaux parmi les plus défavorisés de la ville y rappelle une histoire douloureuse, celle du camp du grand Arenas, où plusieurs générations de populations en transit et mal logées se sont succédées… Dans les années 70, les derniers occupants de ces baraquements sont relogés sur place, dans la cité de La Cayolle alors en construction. Il s’agit de l’un des quartiers les plus pauvres et stigmatisés de la ville, marqué, en outre, par la proximité d’équipements dévalorisants (prison, station d’épuration et, récemment, déchetterie…). Le projet municipal vise à organiser ici la «mixité sociale» (ou la reconquête?) en valorisant les espaces vacants d’anciens jardins et de friches qui jouxtent la cité de La Cayolle. On retrouve dans ce projet les opérateurs habituels des projets urbains marseillais : la SEM d’aménagement Marseille Aménagement et les promoteurs-constructeurs (ici Bouygues, Nexity, Eiffage et Propria) qui construisent [des] résidences fermées, de part et d’autre d’un jardin privatif conçu pour être commun à leurs résidents. Tout se passe aujourd’hui comme si les nouveaux produits sécurisés jouaient ici le rôle de produits d’appel pour développer l’attractivité d’un territoire urbain doté de réelles aménités environnementales, mais fortement stigmatisé par son histoire et sa composition sociale. Il y a convergence d’intérêt entre les constructeurs pour la réalisation des plus-values immobilières maximales et la collectivité territoriale pour le profilage social des nouveaux résidents [...]
Sécuriser pour maintenir propre?
L’espace ouvert au public tend à reculer dans des zones résidentielles de plus en plus divisées en cellules socialement homogènes et spatialement étanches. Les aspirations résidentielles y sont de plus en plus construites et formatées par une offre proposant des formes standardisées, présentées souvent comme de «nouveaux villages» plutôt que comme des quartiers urbains. Les architectures «référentielles», la clôture et la technologie sécuritaire intégrée à l’habitat, constituent un modèle difficilement contournable. Ces évolutions vers une urbanité «privative» ne se réalisent pas contre l’institution municipale, mais avec son agrément et même, parfois, à son initiative.



E. DORIER-APPRILL, G. AUDREN, J. GARNIAUX, A. STOUPY, R.OZ,  "Ensembles résidentiels fermés et recompositions urbaines à Marseille", Pouvoirs Locaux, N° 78 III/2008.

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